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Tragédies féminines
Stuart Seide est plus que le directeur du Théâtre du Nord. Il est aussi et avant tout un metteur en scène de talent. Sa dernière création, Mary Stuart de Friedrich Schiller, laisse éclater l’immensité de son art. Entre ombre et lumière, il dresse la fresque de deux reines que tout uni, mais qui pourtant se haïssent.
Aujourd’hui, lorsqu’une femme accède à de hautes fonctions dirigeantes, elle est automatiquement soumise à une forte pression. Si elle avait été un homme, la barre aurait été placée moins haut. Comment, dans ces conditions, ne pas chercher à se protéger au maximum ? Quand une rivale se fait trop menaçante, la tentation est grande de l’évincer. Ce sont ces mêmes « thématiques de la féminité et du pouvoir » que Stuart Seide met en scène à travers la pièce de Friedrich Schiller. Le drame se situe dans l’Angleterre de la fin du XVIème siècle, sur fond de conflit entre l’Eglise anglicane et la papauté. Deux halos de lumière présentent les protagonistes au public. Les cheveux foncés, le visage anguleux, la silhouette fine ; les deux femmes se confondent. Elles sont de sang royal. Pourtant l’une est en rouge, l’autre en bleu. Elizabeth d’Angleterre est sur le trône, Mary Stuart au cachot. Autour d’elles gravitent des hommes, conseiller politique, amant, traître, valet ; le masculin se décline mais ne domine pas. Ici ce sont les femmes qui tiennent le haut du pavé.
Performances d’actrices
Elizabeth a fait enfermer Mary de peur de se voir dépossédée de son trône. Toute la pièce tourne autour du questionnement moral de la reine. Doit-elle ou non faire exécuter sa « sœur » ? Comment être une bonne reine, dévouée à son peuple, et être ainsi l’égal de l’homme ? Car le ressort principal des actions d’Elizabeth est là, dans son obligation de prouver par deux fois sa capacité à gouverner. Les choix sont durs, l’erreur ne lui sera pas pardonnée. Elle doute beaucoup, mais veut croire en elle. Quand enfin elle se décide à agir, ses conseillers l’abandonnent les un après les autres. Ou comment expérimenter la solitude du pouvoir. C’est Mary qui garde l’ascendant durant toute la pièce, par son mental, par sa jeunesse aussi, mais surtout par sa fierté. Océane Mozas l’incarne avec une grande justesse. Elle la fait vivre, drapée dans sa dignité. A l’opposé, Cécile Garcia Fogel ne démérite pas. Sa voix pénétrante et ses traits reflètent le courage, en même temps que l’indicible détresse d’Elizabeth.
La mise en scène sert admirablement le dramatique de la situation. De grands panneaux grillagés sculptent l’espace, offrant des jeux d’ombre et de lumière. Quand ils bougent, c’est pour dévoiler un ciel gris tourmenté et une étendue de terre vierge. Ils se recomposent, s’assemblent, suivent les personnages. Le ton du décor est donné: ni trop dépouillé, ni trop fourni. On est saisi par la force du drame de Schiller et la mise en scène de Seide a cela de particulier qu’elle ne laisse pas le temps au spectateur de se détourner des acteurs. L’attention est captée tout du long, le théâtre prend tout son sens, on s’oublie.
Pratique : Mary Stuart de Friedrich Schiller, mise en scène Stuart Seide, au Théâtre du Nord jusqu’au 31 janvier. Durée : 2h20.
Add comment 13 janvier 2009